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03/5 2010

La réaction de I.K.F. à l’ancien premier ministre Lamine Sidimé.

Voici in extenso la réaction de l’ancien argentier des Rivières du Sud, Kassory Fofana à l’ancien premier ministre Lamine Sidimé, aujourd’hui conseillé spécial de Dadis. Dans une lettre croustillante et pétillante adressée au CNDD et  il répond aux allégations de Sidimé. En toute exclusivité, la réaction du puissant ancien ministre de l’économie et des finances  de l’homme de Wawa aujourd’hui dans l’arène politique. Bonne lecture.

Dans un exercice apparemment destiné à séduire le CNDD, l’ancien Premier Ministre a présenté un tableau plutôt reluisant de son bilan à la primature. Il a notamment  affirmé que  la gestion  des finances publiques du temps  de mon successeur Mr. Cheick Camara, a permis de redresser une  situation économique, selon lui, plutôt  mauvaise, que j’aurais laissé  à mon départ du gouvernement au premier trimestre de l’an 2000.

Des allégations et autres intox dont j’ai été victime depuis près d’une dizaine d’années, ne m’ont fait, ni froid ni chaud aussi longtemps que ces « Critiques » provenaient de ce que, je pourrais appeler « les non initiés ». Mais que des insinuations proviennent d’un ancien Premier Ministre, m’interpellent, afin d’éclairer le débat.

Je me propose donc dans ce qui suit, de soumettre quelques chiffres à l’appréciation des lecteurs, espérant leur donner quelques moyens pour une analyse plus pertinente, au-delà des affabulations de  Mr. Sidimé,  préoccupé vraisemblablement à se refaire une santé politique.

Les données économiques dont je vais faire usage sont celles officielles du Gouvernement, lesquelles  ont  fait l’objet  par ailleurs de confirmation  par les missions  du FMI et de la Banque Mondiale. Ces données sont tirées entre autres, du Tableau des Operations Financières de l’Etat (TOFE),  de la balance des paiements, et  de la Situation Monétaire Intégrée(SMI) etc.…Je signale aux lecteurs   que les documents devraient en principe  être  disponibles à Conakry au  Ministère des Finances ou celui du Plan, à la Banque Centrale, et  aux Représentations Résidentes  locales de la Banque Mondiale et du Fonds Monétaire.  Ces documents sont également  accessibles au public à partir des  sites internet de ces institutions.

En Janvier 2000 quand je fus remercié du gouvernement, les avoirs extérieurs nets  de la République de Guinée, c’est-à-dire nos réserves en devises à la Banque Centrale,  se chiffraient  à 125 millions US$.  En 2004 déjà, le gouvernement Sidimé  avait  gaspillé jusqu’au dernier dollar  et  la Guinée était   plutôt confrontée  à une balance  négative de 15 millions US. La vérité  que  les Guinéens doivent donc  savoir, est  que le pays  a perdu  toutes ces réserves en   devises, trois ans seulement après mon départ du  gouvernement  et pire, comme conséquence de cette gestion plus que irresponsable, la Guinée  a recommencé  à  accumuler des arriérés de paiement extérieurs.   Cette mutation négative de la situation monétaire est intervenue sous le gouvernement Sidimé.

Cette mutation négative de la SMI a exacerbé les pressions inflationnistes dans l’économie. En effet, l’indice général des prix à la consommation des ménages est passé, en taux annuel moyen, de  3.5%  à mon départ du gouvernement à 31,5% en 2005. Concomitamment, le taux de change du FG s’est lui aussi considérablement dégradé passant par exemple de 1334 FG pour un dollar en mon temps, à 3 648Fg en 2005, soit une dépréciation de notre monnaie de l’ordre de   200% sur la période. Ce rappel confirme que la dégradation de l’équilibre général des prix qui affecte en premier ressort, le pouvoir d’achat du citoyen moyen, est l’une des causes déterminantes de l’accentuation de la pauvreté généralisée dans laquelle nos concitoyens végètent aujourd’hui. Le sac de 50kg de riz est passé de 23 000 FG à 160 000 FG sur la période, soit environ 600% d’augmentation de cette composante majeure du panier de la ménagère.

Peut-on dire que les salaires ont augmenté dans la même proportion ? Certainement pas. Par contre, on est en droit d’affirmer que  le recul, en termes constants, du  produit intérieur brut (PIB) sur la période illustre  bien l’évolution négative de la situation économique.  Je n’hésiterai pas un instant de pointer un doigt accusateur sur la gestion laxiste des finances publiques sous le gouvernement Sidimé comme le début qui n’a pas pu être inversé  des difficultés économiques  auxquelles est confronté le  pays aujourd’hui.

L’endettement public vis-à-vis de la banque centrale a explosé dans des proportions absolument irresponsables. Un économiste avisé dirait qu’une explosion d’une telle magnitude ne peut s’expliquer  que par  l’incompétence technique et l’irresponsabilité civique des serviteurs publics en charge de la gestion de  la chose publique. Le gouvernement Sidimé doit assumer la responsabilité  d’avoir  laissé filer l’endettement du Trésor public  auprès du système bancaire de 140 milliards FG, à mon départ du gouvernement, à  plus de 1000 milliards  sur la période sous observation.

La proportion de la dette à charge définitive a aussi augmentée en proportion de l’encours général de  la dette publique totale.  Ce faisant, l’inflation a ruiné les populations, toutes couches confondues, tout en induisant des coûts économiques importants  sur le pouvoir d’achat,  la croissance et l’emploi.

Je mets au défi Mr. Sidimé et son équipe d’étayer par des chiffres, sa déclaration faite devant le CNDD suivant laquelle, ils auraient amélioré le moindre indicateur économique après mon départ du gouvernement. Bien au contraire, l’évolution de quelques indicateurs que je viens d’évoquer ; atteste d’une profonde dégradation de la conjoncture économique et des causes évidentes de cette dégradation.

Une autre précision importante s’impose ici :

En quittant le gouvernement, j’ai laissé le programme économique avec les institutions de Brettons Woods (Banque mondiale et Fonds Monétaires International), sur les rails. Les Conseils d’administration du Fonds et de la Banque Mondiale venaient de confirmer la revue du programme, avec à la clé un décaissement approuve du crédit d’ajustement structurel de la Banque mondiale pour Mars 2000. Il me plait de rappeler qu’à cette période, la Guinée était parmi les tous premiers pays dans la région, au stade très avancé dans l’exécution du programme de la PPTE.  C’est après mon départ et à l’époque du gouvernement Sidimé que le programme a été suspendu et depuis ce temps, il a évolué plutôt en dents de scie sans pouvoir réussir une seule confirmation de revue.

Je me permets par ailleurs d’interpeller Mr. Sidimé et son équipe sur certaines décisions gouvernementales dont les conséquences se révèlent, aujourd’hui  encore, catastrophiques pour le pays.

Il s’agit entre autres de la rupture du contrat de concession du service public d’électricité avec le groupement franco canadien (Electricité de France, Saur et Hydro Québec International). Au nom d’un “nationalisme ” plutôt démagogique, les partenaires ont été poussés à la  porte après mon départ du gouvernement, malgré les performances notables dans la desserte du service public (environ 90%de couverture des besoins en  l’an 2000) et cela, malgré la disponibilité des bailleurs de fonds  à accompagner le développement du secteur énergétique,  à cause précisément des performances de gestion.

Juste avant mon départ,  j’étais sur le point de faire le tour de table des bailleurs  de fonds potentiels du projet hydro électrique Kaléta, avec l’AFD comme tête de file, en vue de  la production d’une capacité  hydraulique  additionnelle sur le réseau  de 175 MW.  Cet investissement qui venait dans la suite de Garafiri,   devrait permettre de tripler la capacité hydraulique disponible et sécuriser le service public d’électricité à moindre cout. La rupture du contrat par le gouvernement Sidimé et les conditions de cette rupture ont évidemment  découragé nos partenaires au développement sur ce projet dont le début des travaux était prévu pour 2002.

Les guinéens doivent comprendre pourquoi Conakry est l’une des rares capitales  au monde à être  encore dans l’obscurité.

Il s’agit aussi de la décision de rupture du contrat d’affermage avec la SAUR dans le domaine de l’eau à un moment où Conakry  et la plupart des villes de l’intérieur étaient  plutôt bien desservies en service public d’eau. Apres mon départ du gouvernement, Mr. Sidimé  a renvoyé  les partenaires  en refusant, un projet de  contrat de renouvèlement, malgré  un financement disponible  de quelque  100 millions d’Euro pour l’extension du réseau à Conakry et dans  des villes non encore couvertes de l’intérieur. Financement sur lequel j’avais personnellement obtenu du partenaire SAUR qu’elle engage la  garantie propre de la maison mère  et non celle de l’Etat guinéen. Les guinéens doivent savoir alors l’une des raisons pour lesquelles Conakry manque  cruellement d’eau   en ce moment.

Que dire aussi   de la rupture de la convention  avec les partenaires  de la CFDT dans le  projet Coton en haute Guinée ?

Quelque jours  avant  mon départ du gouvernement, j’ai signé au terme  d’âpres négociations avec le Président de la CFDT que j’ai expressément  invité  à Conakry à cette fin, une  convention de continuation de la coopération  au titre de laquelle, la Guinée se fixait l’objectif  de porter  sur les  cinq  prochaines années, la production  à plus de 100 000 tonnes de coton contre 45 000 tonnes en fin 1999.

Au nom d’un «nationalisme intéressé » le gouvernement Sidimé a renvoyé le partenaire technique et bradé l’outil à un guinéen, sans aucune assurance testée quant à la capacité technique de ce partenaire. Les guinéens connaissent la suite : la production est tombée en deçà de 5 000 tonnes annuellement. Le projet est devenu pour le gouvernement Sidimé et d’autres qui l’ont succédé « la vache laitière » servant de tremplin pour détourner une partie de la dizaine de milliards de subvention allouée chaque année au projet sous le couvert de la campagne agricole. C’est ce que j’ai appelé du  « nationalisme intéressé » : donner l’impression de privilégier  les nationaux sur les investisseurs étrangers, et utiliser par la suite, lesdits nationaux  pour détourner l’argent public.

Cependant, à la lumière des actions entreprises par le CNDD il est permis d’espérer  que les missions d’audit en cours ne tarderont pas à faire la lumière sur l’utilisation desdites subventions. Je fonde également  l’espoir  que la nomination récente de   Mr. Sidime par Mr. le Président de la  République, à la tête d’une importante commission,  ne lui conférera aucune immunité  spéciale pour entraver l’audit indispensable qui le concerne en priorité.

J’eusse souhaité que le CNDD fasse établir le « Track Record» de Mr. Sidimé aussi bien dans ses anciennes fonctions de Premier Ministre que celles de Président de la Cour Suprême avant de le confirmer à la tête de cette commission. Je ne pense pas être en effet seul  à garder une piètre opinion de ce “serviteur” public.

Je voudrais terminer en précisant ici, les raisons pour lesquelles   j’ai choisi de rompre le silence, contrairement à ma ligne de conduite habituelle.

La première raison est que le devoir de réserve que je m’étais imposé ne se justifie plus. En effet,  en raison de mon attachement à la personne du Général  Président (paix a son âme), je  m’interdisais d’être publiquement  loquace à l’égard  de ses  gouvernements,  malgré ma désapprobation  profonde  du système de gouvernance.

Je ne prétends pas avoir été parfait dans mes œuvres à la tête des différents et importants services et départements que j’ai été honoré d’occuper. J’en suis humble et reconnaissant au peuple de Guinée. En tirant les leçons du passé, je sais que nous sommes et devons être en mesure de faire mieux. Cependant, il ne serait pas fortuit de rappeler à mes compatriotes guinéens, mes tentatives d’assainissement des finances publiques au gouvernement. Pour la première fois en effet, sous le régime du Général Conté, et sur mon initiative,  des cadres de haut rang étaient  demis  de leurs fonctions, radiés de la fonction publique, jugés et condamnés  pour corruption.

La deuxième raison concerne ma décision toute récente de m’impliquer dans la vie politique de notre pays afin d’apporter ma part de contribution au débat politique engagé par le CNDD. Je me propose en effet de contribuer pour une transition apaisée et pour l’avènement d’un nouvel ordre constitutionnel qui garantisse la démocratie et favorise le développement de notre pays.

A ce titre, il me semble important que les guinéens apprennent à juger les acteurs politiques en présence, non pas à travers des stéréotypes conçus pour des causes souvent inavouées, mais sur des bases objectives et saines qui reposent sur la réalité objective, les faits tangibles et les « Track Record »  des uns et des autres.

Dans cette perspective je pense que le CNDD offre une tribune privilégiée à tous les citoyens de dénoncer et d’apporter des pièces à conviction permettant de poursuivre ceux de nos concitoyens qui ont abusé d’une manière ou d’une autre de la chose publique. Je m’engage dans ce devoir civique de participer à cet effort et, au-delà, d’échanger des notes avec mes compatriotes de bonne volonté   sur les propositions d’un projet de société viable dans le but de bâtir à terme, une meilleure Guinée pour tous.

Ibrahima Kassory Fofana

Ancien Ministre President &CEO de IF GLOBAL, LLC Washington DC

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